Une enquête européenne d’envergure vient de confirmer que les expositions professionnelles à l’amiante et au plomb demeurent importantes dans le secteur du bâtiment, et ce, malgré le renforcement des interdictions et des réglementations ciblant ces deux polluants de la construction. Ces deux substances toxiques, utilisées à outrance dans la construction au cours du XXe siècle, continuent de menacer la santé des travailleurs lors des opérations de rénovation ou de réhabilitation. Ces résultats soulignent l’importance de faire réaliser des diagnostics techniques avant toute intervention, tels que le repérage amiante avant travaux (RAAT), le repérage amiante avant démolition (RAAD) et le diagnostic plomb avant travaux ou démolition. Cette initiative doit être adoptée sans exception par tous les propriétaires ou gestionnaires d’immeubles bâtis qui envisagent des travaux sur leurs biens immobiliers anciens.
L’investigation menée par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), publiée en décembre 2025, révèle que près de 2 % des professionnels du bâtiment interrogés ont été exposés à l’amiante lors de leur activité récente, tandis qu’une proportion similaire a été en contact avec du plomb. Ces pourcentages, qui peuvent sembler modestes, représentent en réalité des centaines de milliers de travailleurs concernés à travers l’Europe. L’amiante se retrouve principalement dans les matériaux isolants, les revêtements de toiture, certains types de colles et d’enduits, ainsi que dans diverses pièces mécaniques anciennes. Le plomb, quant à lui, subsiste essentiellement dans les peintures appliquées avant son interdiction dans les années 1990, mais également dans certaines canalisations, dans les revêtements de protection contre les rayonnements, et occasionnellement dans des éléments de soudure ou de métallurgie.
Ces deux substances partagent une caractéristique inquiétante : des effets sur la santé qui peuvent se manifester longtemps après l’exposition initiale. L’inhalation de fibres d’amiante provoque des maladies pulmonaires graves, dont certaines formes de cancer aux délais d’apparition particulièrement longs. L’intoxication au plomb affecte le système nerveux, les fonctions cognitives et peut avoir des répercussions cardiovasculaires durables. Les travaux de rénovation, par leur nature même, génèrent des poussières et des particules qui augmentent considérablement le risque d’exposition si les matériaux dangereux ne sont pas identifiés au préalable et traités avec les précautions appropriées.
Les repérages et diagnostics avant travaux constituent la première ligne de défense contre ce double enjeu sanitaire. Un repérage amiante exhaustif tel que le RAAT ou le RAAD permet d’identifier tous les matériaux susceptibles de contenir des fibres d’amiante. Quant au diagnostic plomb avant travaux ou démolition, il révèle la présence de revêtements contaminés, notamment dans les couches anciennes de peinture et les canalisations. L’étude européenne alerte sur une application insuffisante des mesures de protection sur les chantiers. Une proportion importante des professionnels exposés ne dispose pas d’équipements de protection respiratoire conformes. De plus, de nombreuses interventions se déroulent sans les systèmes de ventilation ou de confinement exigés.
Face à ces manquements, il est essentiel que les propriétaires confient leurs travaux à des entreprises dûment qualifiées, auxquelles ils fourniront en amont une information complète sur les dangers présents dans le bâtiment. Les diagnostics techniques tels que le RAAT, le RAAD ou le diagnostic plomb avant travaux/démolition réalisés par des professionnels certifiés permettent justement de dresser un état des lieux précis, d’orienter les méthodes d’intervention et de définir les équipements de protection indispensables. En agissant ainsi, les donneurs d’ordre font preuve d’une responsabilité morale vis-à-vis des artisans qui interviendront sur place et ne se contentent pas juste d’obéir à une obligation réglementaire. Les coûts associés à ces repérages, diagnostics ainsi qu’aux travaux de décontamination peuvent paraître élevés, mais ils restent dérisoires comparés aux conséquences humaines d’une exposition non maîtrisée. Dans un contexte d’intensification des efforts à l’échelle européenne pour réduire les maladies professionnelles liées aux substances toxiques, anticiper ces problématiques n’est pas qu’une obligation. C’est aussi un gage de sérieux et de professionnalisme dans la gestion de tout projet immobilier.